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Parc du château de Chaumont-sur-Loire

Au delà du Festival International des Jardins et du château, si vous venez à Chaumont-sur-Loire, vous découvrirez aussi un parc historique majestueux dessiné en 1884 par Henri Duchêne.

     

Le Festival international des Jardins a trouvé place dans une partie en friche du vaste parc du château. Dans les années 1880, Marie Say et son époux le prince de Broglie, riches propriétaires du château de Chaumont-sur-Loire entreprennent la refonte complète de leurs terres. Ils chargent alors Henri Duchêne, paysagiste en vogue, de dessiner un vaste parc, écrin pour le château et centre nerveux pour l'immense domaine. Le style paysager (irrégulier) vit là ses dernières heures de gloire avant le retour au style à la française. Pourtant son vocabulaire est encore fidèlement et brillamment employé : avec des charmes bucoliques faussement naturels, des allées serpentent et vous dévoilent incidemment les attraits du domaine, les masses boisées sont savamment agencées, peignant de gracieuses harmonies de couleurs et encadrant de longues perspectives qui articulent le site.

Si cela vous est possible, visitez le parc du château dans les rais de lumière bleutés du matin, ou dans les teintes orangées du soir. Ainsi, la magie des perspectives et les teintes travaillées des bosquets vous apparaîtront mieux. Cela dit, à l'heure du déjeuner, le parc peut aussi être un délicieux lieu de pique-nique.

Toute l'histoire du parc du château de Chaumont-sur-Loire :

A la fin du XIXème siècle, une grande demeure ne pouvait se concevoir sans l'accompagnement d'un parc : parallèlement aux aménagements luxueux apportés par les Broglie au château, sous la direction de l'architecte Sanson, la création d'un parc d'agrément et la constitution d'un vaste domaine répondaient à une double nécessité :

- Mettre en valeur le monument dont les abords immédiats, privés jusque là de véritable jardin, étaient envahis de constructions diverses (églises, hameaux, cimetières, potager, chemins communaux…).
- Servir de cadre aux fêtes multiples organisées par les Broglie à Chaumont pendant une trentaine d'années.

Le coût des travaux s'éleva à 560 000 F or ; à titre de comparaison le château et son domaine avaient été achetés 1 700 000 F or.
Le parc actuel (17 hectares) n'est qu'une petite partie de l'immense domaine de bois et de prés, couvrant 2 500 hectares, réunis peu à peu par le Prince, aujourd'hui morcelé. C'était le parc d'agrément, relié aux forêts voisines par de grandes allées toujours visibles, utilisées jadis par les Broglie et leurs invités pour les promenades, les chasses à courre ou pour se rendre au golf qu'ils avaient fait aménager sur leur domaine.

Etabli dans un site exceptionnel dominant la vallée de la Loire, le parc a été conçu par Duchêne dans le style paysager à l'anglaise, caractérisé par :

- un relief doucement vallonné, laissant le regard glisser jusqu'au rebord du coteau vers le val,
- des pelouses, ceinturées d'allées curvilignes pour donner un aspect plus naturel que les voies toutes droites,
- des arbres, groupés avec des arbustes en bosquets, ou isolés sur de petites buttes : cèdres, séquoïas ou essences locales, tilleuls, platanes. Quelques arbres, aujourd'hui plus que centenaires, ont été plantés dans la première moitié du XIXème siècle par le Comte d'Aramon alors propriétaire du domaine,
- des percées visuelles : l'un des attraits principaux d'un parc paysager est de ménager des vues entre les bouquets d'arbres et les bosquets vers les points forts du site qui sont ici le forêt, la vallée de la Loire et surtout, le château. Ces vues privilégiées, au nombre de 8 dont 6 vers le château, ont été voulue dès l'origine par H. Duchêne.

On remarquera l'absence de fleurs, caractéristiques des parcs paysagers (il existait cependant à l'origine quelques massifs floraux qui n'étaient guère à l'échelle du parc et marquaient une certaine hésitation avec le jardin floral traditionnel en France).

Au delà des écuries (construites en 1878 par les Broglie) et d'un petit ravin (vallée sèche), s'étend un deuxième jardin plus petit au relief plus accidenté dit du Goualoup (actuellement Festival des jardins), conçu dès l'origine très différent du premier et plus naturel avec exclusivement des essences locales et une rocaille dans le fond du ravin.

On accède à ce jardin (aujourd'hui transformé) par un pittoresque pont métallique revêtu de ciment rustique travaillé de façon à imiter des troncs d'arbres, chef-d'œuvre de Duchêne (1884). Les deux étages du pont sont reliés par une vis d'escalier logée dans un faux tronc d'arbre. C'est là la principale et la plus coûteuse " fabrique " d'un parc qui comportait, selon la mode du temps, bien d'autres pôles d'attraction : château d'eau alimenté par un système hydraulique ultra-moderne (conservé), tennis (disparu), banc couvert, salles de verdure dites de repos et salle de gymnastique

L'aménagement du parc paysager par les Broglie a bouleversé radicalement le site et exigé des travaux considérables : suppression de l'ancienne allée du château datant du XVIIIè siècle dans l'axe de la poterne d'entrée du château (une partie subsiste à l'extérieur du parc sur le haut du plateau), destruction et reconstruction des deux villages (113 maisons), de l'église, du cimetière ; transfert du potager hors de l'enceinte du parc.

Ce style de parc paysager privilégiant l'aspect naturel, les points de vue sur un site, apparu au XVIIIème siècle en Angleterre, connaît toujours un grand succès en France dans les années 1860-80, encouragé par de récents exemples parisiens, Bois de Boulogne et de Vincennes, Buttes Chaumont, parc Monceau. Le parc de Chaumont est néanmoins l'un des derniers représentants de ce style à l'anglaise bientôt devancé par le retour en force du parc à la française ou parc régulier, dont le créateur du parc de Chaumont, Henri Duchêne, fut curieusement l'un des défenseurs le plus ardent.


Le cimetière des chiens

Après 1893 la princesse de Broglie va créer à l'emplacement de l'ancien cimetière du village, son cimetière des chiens.

L'existence de ce cimetière est très caractéristique de la personnalité de la princesse, excessivement attachée à ses pékinois entre autres, et dont témoignent plusieurs lettres adressées à son époux, lors de ses voyages :
- le 19 juillet 1883 (Houlgate en Normandie) : " mon pauvre Cambo (un chien) y voit bien mal, je suis obligée de lui mettre un petit plumet pour sortir ".
- le 29 mars 1903 (Cannes) : " pour les noms des chiens, après des efforts considérables, voici ce que j'ai trouvé, Chita (petite panthère), ce sera mieux que Tubly pour une chienne et Ducky (petit canard) pour un chien, qu'en penses-tu ? ".
- le 29 avril 1905, la princesse fait demander de Raguse où elle voyage des nouvelles détaillées de ses animaux : " Siam (un chien) était superbe, Fox gai et brave, Tite mignonne comme de coutume mais un peu nerveuse… ".

Henri Duchêne, pour masquer complètement ce cimetière autrefois clos va l'entourer d'un bosquet d'essences mixtes composé d'érables, de chênes, de frênes, de tilleuls. Quelques conifères seront également disposés sur le contour extérieur, de manière à mettre ce bosquet en valeur de loin.

Ces tombes, autrefois une vingtaine (18 sont recensées de nos jours), étaient réparties en trois rangées à différents endroits, avec devant chacune d'elle des bacs de fleurs (pélargoniums).

L'archipel

Ce jardin fut installé à l'origine dans le parc du festival où il est resté jusqu'à son déplacement dans le parc du château en 2001, près du mail de tilleuls et face à la Loire.
C’est l'unique réalisation hors de son pays de Shodo Suzuki, l'un des plus célèbres paysagistes japonais. Ses réalisations, très modernes (hôtels, jardins publics, jardins d'entreprises) restent cependant très liées aux savoir-faire techniques et à la philosophie traditionnelle de son pays. L'archipel de Shodo Suzuki symbolise l'état de crise du Japon contemporain et l'espoir du futur : les assemblages de pierres disjointes évoquent le fossé d'effondrement au bord duquel est installé le Japon. Les îles de pierre noire et polie sont brisées symboliquement en deux ou trois éléments. Elles sont entourées d'une mer de gravier blanc, comme dans les temples bouddhistes.
Le cercle suggère le "Satori", état spirituel du bonze du bouddhisme Zen et un souhait pour la paix. Autour, les plantes et fleurs introduisent la sérénité et l'espoir.
Souvent l'archipel du Japon est décrit comme éternel dans la poésie nippone. Il l'est à Chaumont, "empruntant" la Loire selon les principes de l'art des jardins du Pays du Soleil Levant.

A noter : ce jardin a temporairement été démonté pendant les travaux du château et sera prochainement remonté.